SMG

L'antre d'un univers de fous. A vos risques et périls.
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Project S - Wattpad

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Project S - Wattpad   Sam 19 Déc - 15:26

Bonjour et bienvenue sur quelque chose qui n'a rien à voir avec le forum ! o:
Il y a un mois j'ai commencé à écrire une nouvelle fiction sur Wattpad puisque j'avais envie de faire quelque chose de nouveau.
Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est Wattpad, c'est un site/une plate-forme/réseau social où on peut poster des fictions, lire celles des autres, etc. Tout simplement. o/

Du coup, je me suis dis que comme ça serait bien que je vous donne de mes nouvelles -non, je ne suis pas mort *tg*- j'allais poster ce que j'écris ici aussi, pour ceux qui veulent et qui seraient intéressés. o:
Je répète juste que ça a bien aucun rapport avec le forum et que c'est une histoire originale (dans le sens, que j'ai inventé *tg*), avec des persos originaux, toussa, toussa. Pour ceux qui voudraient le lien Wattpad, c'est ici : https://www.wattpad.com/story/54850508-project-s-fr mais je posterais tout ici vu que pour lire sur Wattpad, faut s'inscrire. 8)



Project S

Genre: Dystopie, Science-Fiction
Taille des chapitres : ~2000 mots
Résumé sur Wattpad : "On dit souvent qu'on ne se rend compte de la valeur des choses que l'on possède seulement lorsqu'on les a perdues. Mais ça, j'ai du l'apprendre à mes dépends."

Habitant des Landes Déchues, en France, Ronan Yerschian est lassé par sa vie trop monotone et pourtant rythmée par la chance d'être toujours scolarisé. Vivant non facilement avec sa mère et sa petite soeur Dalia, son souhait de changement lui retomba brusquement dessus lorsqu'il s'échappa in extremis d'une violente attaque au lycée, le lendemain de l'Annonce. Dès lors, pour lui et son ami Khalis, la routine va devoir changer de tout au tout. Mais pourquoi, exactement ?
La réponse est simple:
"le Project S a échoué."

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Prologue



Courir. Encore et encore. Courir à toute haleine, jusqu'à ce que j'en crache mes poumons. Il fallait que je me sauve à tout prix. Malheureusement pour moi, l'endroit dans lequel je me trouvais était un véritable labyrinthe dont les murs témoignaient de la modernité. Je ne savais pas où j'allais, je voulais juste m'en aller, fuir loin de ce cauchemar. Mais chaque couloir se ressemblait comme deux gouttes d'eau: des portes faites de matériaux m'étant inconnus, des panneaux que je ne comprenais pas et des personnes qui me regardaient avec des yeux presque inhumains, terrifiants. Pourtant, je continuais à me hâter tant que j'avais l'espoir de pouvoir m'éloigner un peu plus de ces personnes qui ne me voulaient je ne sais quoi. Hélas, mon corps frêle et mes petites jambes n'étaient pas aussi rapides que leur grand gabarit, et j'entendais leurs pas de course résonnant dans le couloir métallique se rapprocher de plus en plus, ainsi que leur voix déformée tenter de m'appeler.




« Ronan ! »

Entendre ma professeur m'interpeller avec autant de force de cette façon me fit sursauter. J'entendais quelques ricanements, mais j'étais trop fatigué pour y faire attention.

«  Tu pourras dormir une fois chez toi, mais ça n'a pas encore sonné, continua-t-elle.

- Désolé. »

Génial, je m'étais encore endormi. Et en plus de ça, j'avais fait un rêve bizarre.. Les cours d'histoire et moi, c'était décidément une grande histoire d'amour. Pour être honnête, je trouve encore les guerres intéressantes à étudier, mais l'évolution des technologies depuis le XXe siècle me faisaient littéralement roupiller. J'avais au moins la chance d'avoir une bonne professeur qui nous faisait participer à des débats et qui réussissait souvent à me maintenir éveillé, du moins, quand j'écoutais ses cours.

Je laissai les quelques dernières minutes s'écouler en prenant quelques petites notes sur ce que j'entendais -bien que je n'en comprenais pas grand chose- et en jetant quelques coups d'œil à mes camarades et aux cheveux roux de l'enseignante. Un soupir de soulagement non voulu s'échappa subitement de ma bouche lorsque les 4 notes, symbole de la fin de l'heure, retentirent dans tout l'établissement. Je me levai, rangeai mes affaires dans mon sac coloré et remit mon long manteau noir et mon écharpe de la même couleur en quittant la salle dans une soudaine énergie qui venait de m'envahir. Évidemment, il fallait toujours attendre la fin de la journée pour que je me réveille..

Alors que je franchissais le portail en fer avec mon vélo en m'apprêtant à me rendre chez moi, j'entendis une voix féminine m'appeler. C'était Laye, une amie de quelques mois seulement, que je connaissais grâce à un de nos hobbies communs: le théâtre. J'aurais beau me plaindre de mon lycée, il offrait de nombreuses activités artistiques et littéraires afin de faire de nous des personnes cultivées et admirables, peut-être même dignes du Pays Nanti, mais sûrement pas de ces enflures de Paris.

«  J'ai un service à te demander. Je devais jouer Miadna avec Khalis mais en fait on peut pas se voir jusqu'à vendredi.. Tu peux le faire à sa place, s'il te plaît ? » me demanda-t-elle en allongeant son "plaît".

Je ne pus m'empêcher de lâcher un léger rire. J'aurais beau la connaître depuis peu de temps, j'étais très attaché à cette fille, et elle avait un certain charme qui faisait que la plupart des personnes qu'elle côtoyaient était sans doute dans le même cas; charme probablement apporté par ses cheveux courts aux teintes rougeâtres, son vieux chapeau du XXIe siècle, son style vestimentaire de la même époque, son aise a parler avec les gens et son sourire souligné par de petites fossettes et des yeux verts très légèrement étirés.

« Si tu veux, mais je peux pas répéter aujourd'hui, j'ai pas mal de choses à faire, lui répondis-je, avec un sourire.

- Ça te dérange vraiment pas ? S'interrogea-t-elle, excitée.

- Non, bien sûr que non ! »

Elle me remercia et poussa un énorme de soupir de soulagement. On s'était mis d'accord sur une heure demain, en cours d'après-midi, afin de se retrouver en dehors des cours pour réviser. Ça me faisait au moins quelque chose à faire.

Une fois chez moi, après 30 minutes sur le bitume, je me fis accueillir par mon adorable petite sœur,.. et c'est tout. Ma mère était encore dans sa chambre, à moitié endormie, et sans parler, je jetai mon sac et m'affalai, moi aussi, sur mon lit douillet, en me laissant porter par mon imagination et mes rêves les plus fous. Et je me disais peut-être innocemment que je pourrais continuer mon rêve du cours d'histoire..




Je comprends pourquoi ma mère est si fatiguée à chaque fois que je rentre. Elle se donnait corps et âmes dans tout ce qu'elle faisait pour être assurée de rapporter tout juste l'argent dont nous avions besoin pour continuer à vivre, et pour mon éducation. Et rien que pour cela, je la respectais énormément, et je m'imaginais plus tard avec un bon boulot dans lequel je pourrais m'épanouir et lui apporter l'argent dont elle a tant eu besoin durant mon enfance.

J'avais du mal à m'imaginer vivre à une autre époque, sachant que depuis la deuxième Révolution, la France est divisée en 10 régions, malheureusement très inégales. Je n'étais pas encore né à ce moment-là mais les nombreuses discours de mes professeurs et ceux de ma grand-mère me feraient presque regretter de ne pas être né 100 ou 200 ans plus tôt, car la vie avait l'air d'être tellement plus.. Facile, et libre, à l'époque.

Lorsque le gouvernement fut renversé, en 2135, on nous avait promis un monde meilleur, un monde d'égalité, de richesse.. Ce fut bien le cas, au début, mais ça n'avait duré que quelques mois. Maintenant, la plupart des régions -dont la mienne- hormis le Pays Nanti et bien évidemment Paris sont quasiment délaissées par l'Etat, et c'était difficile de nous qualifier de pays, et encore moins de nation. Chaque région était en quelque sorte son propre petit pays. Et hélas, ça n'avait pas vraiment que ses avantages, surtout lorsque l'économie s'engouffre dans une spirale infinie tandis que nos maisons se font engloutir par la montée des eaux ou par les quelques conflits qui éclataient de temps à autres.

Je n'avais pas envie de penser à ce qui m'attendait ce soir, ou demain. J'étais juste épuisé par presque tout, et dormir était le seul moyen pour moi de m'évader de cette vie qui m'ennuyait et qui m'attristait temps..

Alors je me laissai tomber innocemment dans les bras de Morphée, inconscient de ce qu'il pouvait m'arriver.


Dernière édition par Piicrosi le Sam 19 Déc - 15:30, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   Sam 19 Déc - 15:28

1. L'Annonce


Mercredi, 6h17.

Je me suis endormi comme une vieille chaussette, hier. Je ne me suis pas lavé, je n'ai pas mangé, et je me demande ce que Dalia, ma petite sœur, a bien pu faire pour s'occuper pendant ce temps.

Enfin, si cela ne concernait que moi, je ne me laverais que très rarement. Je me moquais bien de ne pas me laver, et je ne pense pas de toute façon que beaucoup de gens accordaient une énorme importance à l'hygiène, de nos jours. Du moins, pas là où j'habitais. Le plus drôle, c'est que je suis sûr que si on devait leur en parler, les gens du Grand Paris en seraient soit dégoûtés, soit écœurés ou soit victimes d'un malaise -pour ne pas exagérer-, et rien que ces images me mettaient déjà le sourire aux lèvres.

Après 10 minutes à être resté allongé dans mon lit, je me décidai finalement à me lever. Ce matin, c'était l'Annonce. La seule matinée de l'année où l'on avait la visite des Triomphants, ou du moins de leur présidente, Mme Viespere, sur la place de l'Eyade. Cette année, leur tournée débutait dans notre région, et il me semble que demain, elle continuait dans les Terres Cataclysmiques, puis les Plaines Pyrénéennes, etc. Comme dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

En parlant des Triomphants.. C'est le surnom que les victorieux de la dernière Révolution se sont donné. Et je dois avouer que celui-là, ils ne l'ont pas vraiment démérité: ils n'étaient qu'un petit groupe de quelques centaines de personnes à l'époque -je ne sais plus combien exactement-, mais ils ont réussi à la fois à duper le gouvernement et le peuple lors de la Révolution. Et c'est eux qui ont pris le pouvoir, en faisant un coup d'Etat. D'un coup. Pouf.

Bien sûr, les citoyens ont rapidement compris que leur situation n'allait pas vraiment s'améliorer. Plusieurs guerres civiles ont suivi, mais l'effectif des Triomphants avait soudainement augmenté très rapidement, et les lois qu'ils avaient mis en vigueur ne laissaient simplement aucune chance aux civils d'en remporter n'en serait-ce qu'une seule.

Alors c'est vrai qu'il n'y avait pas vraiment de quoi être enthousiaste d'aller à l'Annonce, surtout quand le court discours qu'on nous livrait était souvent le même que l'année passée. J'étais loin de l'être -enthousiaste-, d'ailleurs. Le problème, c'est qu'on était obligé d'y aller. Tous. Et pour ceux de la région qui habiteraient trop loin de la Place, l'Etat mettait à disposition des taxis automatiques gratuits pour s'y rendre. Rien de mieux pour nous étouffer tant il y aura de monde.

Et du monde, comme prévu.. Il y en avait ! Il était 8h35, je venais d'arriver avec Dalia et ma mère mais la place en forme de spirale était déjà bombée de monde. J'aurais du mal à compter exactement le nombre mais c'était largement possible qu'on soit plus d'1 million à l'heure actuelle. La place pouvait en contenir presque le triple et le fait que je ne pouvais même pas apercevoir pas le bout de celle-ci à l'horizon m'impressionnera toujours. Malheureusement, il fallait encore attendre 1h30 avant d'entendre le discours de la Présidente..

Et cette attente fut sans doute la plus longue de ma vie. Entre transpirations -alors qu'il ne faisait pas très chaud-, bousculades et brouhaha incessants, j'avais littéralement l'impression de devenir fou, quand finalement, j'entendis l'hymne de la capitale retentir et vit une vieille femme apparaître au centre de la place, légèrement petite, avec la coupe carrée et des cheveux noirs. Elle était habillée comme un homme d'affaire et était debout, devant son micro, sur une petite plateforme protégée d'un champ électrique afin que les quelques rebelles présent n'osent pas tenter quoique ce soit. Viespere..

« Peuple des Landes Déchues ! C'est un honneur pour moi que de vous rendre visite en cette douce matinée d'Octobre. Depuis l'aube de la deuxième Révolution que nous avons mené avec une sagesse exemplaire, nous avons toujours rêvé de faire de ce pays un havre de paix, si bien que les autres en seraient jaloux. Je ne peux pas vous cacher qu'il est difficile de maintenir tous les hérétiques en soif de guerre hors d'était de nuire, mais aujourd'hui, et ce depuis près de 60 ans maintenant, nous dirigeons notre nation avec une volonté aussi dure que le diamant. Nous dirigeons notre nation vers un avenir meilleur, un avenir humaniste où chacun est libre de penser. Un avenir où nous manquerons de rien. Un avenir de paix. »

Elle ne faisait que répéter ce qu'elle disait tous les ans, comme prévu. A force, plus personne n'y croyait plus un mot. Et bien que la violence soit prohibée et soit considérée comme un crime, en rien cela n'empêchait les nombreuses bagarres d'éclater dans les lieux les plus délaissés, conduisant souvent à une arrestation soudaine et à une amende impossible à payer.

« Aujourd'hui, je suis fière de vous annoncer que nous avons fait un, voir même deux pas en avant, et que nous avons réussi à réduire à néant toute menace terroriste dans notre pays et les pays voisins. Nous avons également réussi à rembourser la dette qui tâchait tant notre nation depuis des siècles, et ce, grâce à tous vos efforts et vos travaux. Aussi, je peux vous promettre que nous ferons, à partir de ce jour-ci, absolument tout notre possible afin d'aider les personnes les plus en difficulté. »

C'est une blague, pensai-je immédiatement, sans voix.

Jamais Viespere ne nous avait apporté une si bonne nouvelle, si bien que je n'en croyais pas un mot. Ce n'était juste pas possible. Les milliers de cris de stupeur et les tas d'applaudissements faisant écho dû à l'acoustique de la place m'électrisaient, et me donnaient envie de me lever moi aussi, et d'hurler. Je suis sûr que ça me ferait du bien, mais j'ai toujours résisté aux mouvements de foule, et ce n'est pas aujourd'hui que je céderai.

« Du calme, s'il vous plaît. Un temps. Toutefois, nous faisons face à un tout nouveau type de problème, mais qui je l'espère sera rapidement maîtrisé. Nous savons réparer les erreurs des autres, et nous saurons également réparer les nôtres. Les Landes Déchues ont longtemps été un élément clé de notre avancée jusqu'à ce moment-là. Le pourcentage de chômage y est de 3% seulement, et afin de fêter cette victoire comme il se doit, nous vous invitons à partager tous ensemble, cet après-midi, une fête bien méritée couplée d'un énorme buffet comme vous n'en aviez jamais vu. »

A ces mots, des milliers de billet s'envolèrent dans le ciel avant d'atterrir sur une foule en transe. Quelle magnifique et ingénieuse idée de donner de l'argent. Idéale pour provoquer des bagarres qui seront sanctionnées pour que cette bâtarde se remplisse un peu plus les poches grâce aux centaines d'amendes que les Triomphants colleront aux fesses de ces pauvres gens. Car je savais qu'ils n'étaient pas loin.

Je ne m'étais pas attardé très longtemps là-bas, et à la première occasion, c'est-à-dire la fin du discours, j'étais rapidement parti rentrer chez moi -je n'avais à peine fait attention au reste de ce dernier, ce n'était que du blabla de toute façon-, y laissant ma mère et ma petite sœur. Je pense que ma mère avait bien besoin de parler avec de nouvelles personnes, et concernant ma petite sœur, tant qu'elle ne restait pas cloîtrée à la maison, généralement, elle était contente.

Je me préparai quelques pâtes vers 13h afin de ne pas mourir de faim avant la fin de la journée, et je me mis en route vers le parc du Dauphin pour retrouver Laye. J'étais ravi en arrivant d'y trouver également une autre amie que j'ai connu il y a peu de temps: Cristal. Une blonde aux cheveux lisses et à la coupe carrée jusqu'aux épaules, aux yeux marrons profonds et à la peau de bébé. Elle avait sorti la doudoune aujourd'hui, ce qui n'était pas vraiment son genre, je n'hésitai donc pas à la charrier un peu sur ce point-là.

La journée passa tranquillement et je rentrai finalement chez moi. Ma petite maison était située au milieu d'un patelin d'une vingtaine d'autre maisons similaires liées entre elles par des chemins en sable qu'on avait semé nous même. Je m'entendais bien avec la plupart de nos voisins et il y régnait toujours une bonne ambiance. Le marché quotidien se trouvait non loin de là, à environ 5 minutes de marche, et à la direction opposée, à je dirais 20 minutes, la plage. Mais nous n'y allions presque jamais. Je préférais rester dans ma chambre, mon petit nid douillet. Simpliste et entre guillemets pas trop chargée, mais qui me correspondait plutôt bien. J'y avais mon petit bureau en bois -ce qui était assez rare pour le souligner-, mon lit et.. Le reste, concrètement, c'était du remplissage, avec mes multiples vêtements en pagaille sur ma chaise -dont la moitié était pour le théâtre-, mes cahiers de cours qui eux, traînaient sur mon lit, mes nombreuses tentatives de dessin, d'écriture, de photographies -avec le pauvre appareil que j'avais-, des affaires de quand j'étais gamin et j'en passe. Mais bon, j'aimais bien.

Je m'assis sur mon lit, la tête dans les mains et restai dans cette position de bonnes grosses minutes. J'aurais beau créer des liens et m'amuser avec les quelques amis que je me faisais ici, plus j'y pensais et plus je trouvais ma vie redondante et ennuyante. Qu'est ce que je ne ferais pas pour que celle-ci ne devienne ne se serait-ce qu'un chouïa plus intéressante.. ? Et étant donné que je pouvais plus me permettre de sécher les cours, il n'y avait plus qu'à espérer qu'il s'y passe quelque chose d'intéressant, demain.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   Sam 19 Déc - 15:30

2. Surprise


Tout était confus dans ma tête. Une odeur âpre régnait en maître dans la salle dans laquelle je me trouvais et me donnait d'horribles nausées, mais j'étais trop faible pour les retenir d'une quelconque façon. Je n'arrivais pas non plus à bouger, mais je n'insistai pas plus; mon mal de tête me clouait littéralement au lit.. Même si j'avais à cet instant plutôt l'impression d'être assis.

Je ne savais pas vraiment si je devais ouvrir mes yeux ou non, car une angoisse m'avait soudainement envahi et je pouvais sentir des gouttelettes de transpiration perler et couler sur mon front. Autour de moi, j'entendais, sous un sifflement extrêmement aiguë qui bourdonnait dans mes oreilles, des lourds bruits qui se produisaient à un rythme ressemblant à celui de pas, et quelque autres sons dont je n'arrivais à distinguer ni la provenance, ni tout simplement ce qu'ils pouvaient être.

J'essayai finalement d'ouvrir les yeux, mais mes paupières étaient beaucoup plus lourdes que d'habitude, si bien que je mis approximativement une minute à réussir à les maintenir ouvertes. Mais là encore, tout ce que je voyais était flou, l'intérieur de mon crâne me lancinait et je sentais encore cette odeur désagréable et indescriptible qui m'étourdissait encore et encore, jusqu'à même que mon malaise atteigne son paroxysme. Il me semblait avoir craché de la bile, ce qui n'améliora guère ma piteuse situation. J'essayais d'observer cette étrange pièce, mais tout ce dont je pouvais apercevoir, c'était que je n'étais pas chez moi. La salle dans laquelle j'étais à la place semblait plutôt grise et blanche. Mais c'est tout ce que je voyais. J'entendis alors une voix, féminine je dirais, provenir de ma gauche, ou peut-être de derrière moi, si c'est possible. Malheureusement, je n'entendis que de vulgaires parties qui ne me rendis que plus confus.

« E.. est.. illé.. dois.. ettre.. ose ? »

Que du charabia en somme, lorsqu'une autre voix, bien plus grave celle-ci, lui répondit. Alors là, c'était la cerise sur le gâteau: je n'avais strictement rien compris. Je me demandais même si c'était bien une voix et non un quelconque grognement. J'essayai alors encore d'analyser la salle, de me concentrer en fronçant les sourcils quand je vis une silhouette s'approcher de moi.

Je voyais encore flou, trop flou. Je voyais seulement les généralités, mais je me disais que ce n'était qu'un début. L'homme était visiblement brun et avait une légère barbe. Je le savais car le contour de son visage semblait surligné. Ses traits du visages et ses yeux semblaient assez petits, mais je ne pouvais pas dire plus. Ma tête vira rapidement sur la droite, et à ma grande surprise, je vis une jeune personne, petite, assise dans une chaise qui, après avoir vérifié, ressemblait comme deux gouttes d'eau à la mienne. Une fille et des cheveux blonds que je ne vis soudainement plus lorsqu'une main se glissa sur la peau de mon visage et me ferma les yeux.




Aujourd'hui, je me levais avec le cœur lourd. Non seulement j'avais eu le nez bouché toute la nuit et je n'avais quasiment pas dormi, mais en plus, pour le peu que j'avais dormi, mon sommeil avait été perturbé par un rêve assez étrange. Pourtant, il fallait quand même que je trouve quelque part la motivation d'aller au lycée si je ne voulais pas me prendre une amende: j'avais déjà suffisamment profité de la marge d'absences disponibles au cours de ces derniers mois alors que je n'étais même pas malade.

Cette motivation, je la retrouvai immédiatement lorsque j'entendis Dalia frapper à la porte de ma chambre en me demandant si j'étais réveillé. Elle était adorable, quand elle n'en faisait pas qu'à sa tête. Je laissai alors tomber ma couverture et posa mon premier pied au sol, le corps à moitié nu, pour aller m'habiller.

Reste que j'étais tellement lassé de la routine.. Je devrais être content, pourtant, étant donné que l'on est d'un certain point de vue très peu nombreux dans la région à pouvoir aller au lycée et à ne pas devoir travailler de force. Quelques chanceux du Marais Englouti y étaient également inscris par je ne sais quel miracle, mais bon, tant mieux pour eux. En général, les gens qui habitaient là-bas n'avaient vraiment pas de chance. Leur région à été durement touchée par de nombreuses guerres et par la montée des eaux alors qu'ils n'avaient rien demandé. Et, bien évidemment, il était hors de question que l'Etat ne dépense le moindre sou pour cette pauvre région, ah ça non ! A moins qu'ils ne tiennent leur suspicieuse promesse d'hier..

Ce matin, j'avais cours d'ECP, c'est-à-dire Entraînement Corporel et Physique; et comme tous les jeudi matins, je déjeunais et enfilais mes vêtements -dont mon jogging- avant de partir en vélo. Pendant le cours, je me plaignais, je souffrais, puis je me plaignais encore deux heures durant -je courais déjà assez dans ma vie de tous les jours, je n'avais pas besoin de deux heures de plus- jusqu'à ce qu'on nous libérait, et alors enfin j'allais manger pour revenir dans l'enceinte de l'établissement en début d'après-midi, cette fois-ci pour un contrôle de sociologie dont j'avais totalement oublié l'existence.

Durant ce dernier, la salle de classe était plongée dans un silence presque morbide, seulement quelques fois brisé par le frottement de mon mouchoir contre mon nez. Je n'osais néanmoins pas faire plus de bruit en me mouchant et en imitant involontairement le bruit d'un éléphant. La plupart des regards se tourneraient directement en ma direction, en plus. Non pas que ça me mettrait mal à l'aise d'une quelconque façon, mais je n'aimais juste pas ça. Et je détestais tout particulièrement cette période de l'année: j'y tombais toujours malade, et il faisait froid. Très froid. Trop froid pour le frileux que j'étais.

Le temps passait, lentement. J'étais tellement fatigué hier aussi que je n'avais pas pris le temps d'apprendre ma leçon. Tant pis, il y en aura d'autres.. Alors, pendant ce temps je m'amusais à faire des gribouillages sur une feuille de brouillon que j'avais sorti d'une chemise transparente et je m'amusais à regarder ceux qui étaient concentrés sur le copie.

Tic, tac..


Tic, tac..

Sous la mélodie du temps qui s'écoulait, un bruit anormalement lourd attira soudainement mon attention. En l'espace d'une seconde, je laissai mon crayon retomber sur la table beige et me retournai directement vers la porte, visiblement en même temps que mes autres camarades. Cette synchronisation semblait me confirmer que non, ce bruit n'avait vraiment rien de normal.

« Qu'est ce que c'était ? demanda l'une des filles.

- Une bombe ? proposa une autre. »

Les diverses réactions commençaient à pulluler, certains commençaient déjà à s'inquiéter et à craindre l'aube d'une nouvelle guerre ou autre. Mon regard faisait des vas-et-viens entre le professeur, les autres élèves et la porte, quand le même bruit se fit entendre, plus puissant encore et qui fit bondir le pauvre adolescent paniqué que j'étais hors de sa chaise. Je me ruai vers la porte, en percutant mes camarades qui eux aussi s'étaient subitement levés. J'avais l'impression qu'une force inconnue m'avait soudainement envahi, m'électrisant. Une force qui disparut malheureusement et me rendit soudainement impuissant une fois la porte ouverte. Mon visage s'était totalement décomposé à la vue des dizaines d'élèves fuir leur salle de classe.

« On se casse ! Il s'est passé quelque chose », hurlai-je à tous mes camarades.

Les grincements des pieds des multiples chaises se frottant contre le sol de la classe et le tambour des pas s'accélérant à chaque seconde résonnaient dans ma tête comme une mélodie. Une horrible mélodie, plus agaçante encore que celle des horloges.

A peine avais-je fait un premier pas dans le couloir que je me fis bousculer une fois, puis deux fois, puis trois, sans arriver à voir si l'explosion s'était produite ici ou non. J'étais contre mon gré entraîné par la foule vers l'escalier de gauche pour descendre au 1er étage. Étonnamment pourtant, une fois dans l'escalier, tout le monde semblait plus calme, et chacun descendait chaque marche machinalement, tels des robots, afin de ne heurter personne et de garder le rythme. L'atmosphère était lourde et le brouhaha général ne faisait qu'alourdir ce sentiment de panique qui s'était si subitement installé. Pourtant, une fois arrivé à l'étage d'en dessous, alors que la quasi totalité de la foule continuait sa descente, je m'arrêtai instinctivement et partis surveiller tout le 1er étage afin de m'assurer de je-ne-sais-quoi. Peut-être voulais-je m'assurer qu'il n'y ait aucun mort ? Peut-être avais-je juste eu une intuition ? Ou peut-être étais-je juste fou. Jusque là, c'était celle-là la solution la plus plausible.

Mais alors que je divaguais encore, je me fis soudainement alerter par des coups de feux venant d'en bas. Des tas de coups de feux extrêmement rapides, tirés à une cadence inouïe, alors que j'apercevais tout le monde ressortir de l'escalier en trombe et se diriger vers les salles de classes, visiblement seuls échappatoires possibles. Cette fois, je me fis encore bousculer une ou deux fois, mais je gardai mon calme et mon sérieux -du moins, j'essayais- et je me hâta vers les autres escaliers à l'autre bout du couloir à une vitesse ahurissante. Je ne savais même pas que j'étais capable d'aller aussi vite, malgré les séances de course et d'endurance pendant les cours d'ECP. Pour la première fois peut-être me rendis-je compte de la petite importance que celles-ci pouvaient avoir.. Et comme on arrêtait pas de nous le rabâcher, mens sana in corpore sano. Il me semble du moins.

En plein durant ma course, un détail me fit néanmoins de l'œil, perturbant ma concentration en me faisant brusquement arrêter ma progression. J'avais pu apercevoir quelqu'un, un garçon à la peau foncée et portant une veste en jean -ça existe encore, ça ?- courir à contresens des autres et foncer vers les escaliers d'où provenaient les coups de feu. Lorsque je compris à qui -ou à quoi- il allait faire face, je fis un bond en arrière, et fonçai vers lui, comme jamais je ne l'avais fait auparavant.

« Khalis ! criai-je, de toutes mes forces. Khalis ! »

Khalis, une "simple" connaissance, à laquelle je n'avais parlé que quelques fois seulement. Il n'était pas vraiment un ami à proprement parlé, mais je n'allais de toute façon le laisser se jeter dans le gueule du loup, lui qui n'avait rien demandé, avec sa gueule d'ange. Dès lors qu'il entendit son prénom, il ralentit et retourna sa tête vers ma direction en une fraction de seconde, sans comprendre le pourquoi du comment. Je voyais son visage couvert de peur s'agrandir au fur et à mesure que je m'approchais, mais alors que je m'apprêtais à finalement l'attraper, je glissai légèrement sur le parquet, trop pressé. Je me rattrapai néanmoins en lui prenant le poignet droit de ma main gauche puis en tirant de toutes mes forces en reprenant ma course vers la direction opposée, sans lui expliquer quoique ce soit. Il me semble qu'il m'avait dit quelque chose, mais j'en avais fait naturellement abstraction. Nous n'avions pas vraiment le temps de papoter.

« Dépêche-toi », lui ordonnai-je.

Il passa sans répliquer à la vitesse supérieure, en me suivant. Mais sentant la menace arriver de derrière, je changeai subitement de chemin et décidai d'enfoncer la première porte à ma gauche. Dieu merci, elle n'était pas verrouillée.

« La fenêtre ! » continuai-je d'un ton autoritaire.

Il fallait absolument se grouiller, maintenant. Et je n'osais à peine regarder en arrière, trop peureux d'affronter ma mort.

J'étais tellement dépassé par les événements que je n'avais même pas remarqué que le pauvre garçon s'était pris le côté de la porte dans la figure, et assez violemment en plus, je crois. Mais bousculant les tables et les chaises qui se mettaient en travers de son chemin, il parvint finalement à atteindre la fenêtre du fond de la salle que j'avais ouverte -la seule des quatre qui voulait encore s'ouvrir- et se glissa à travers celle-ci juste après moi.

Sans que nous nous l'étions rendu compte, nous étions arrivés sur le toit d'un des préaux de l'établissement. A peine avais-je eu le temps de respirer qu'une douleur assez puissante m'envahit la hanche droite. Je crois que je m'étais cogné contre une des tables, mais tant pis, nous n'étions pas encore en sécurité, alors nous continuâmes notre course acharnée jusqu'à ce que j'entendis, provenant de la salle de classe dans laquelle nous étions il y a quelques secondes, une voix grave -celle d'un homme sans doute- nous crier quelque chose que je n'avais malheureusement pas compris. Mais en voulant regarder en arrière pour savoir si nous étions dans le champ de vision du fameux locuteur, je me pris le bord du toit qui était légèrement plus surélevé que le reste et chutai brutalement sur béton du sol, le vrai, la tête la première.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   Sam 19 Déc - 15:35

3. Fuite


Je n'avais jamais eu aussi mal à la tête de ma vie. Mais ce n'était pas qu'un simple mal de tête comme quand l'on ne se sentait pas bien. Cette fois, j'avais peur de m'être ouvert le crâne, ou pire encore. Et il me semblait m'être retrouvé quasi en train d'agoniser au sol tant l'impact avait été violent, lorsque j'entendis qui j'espérais du plus profond de mon cœur être Khalis. Si ce n'était pas lui ou quelqu'un que je connaissais, alors j'étais foutu. J'essayai donc quand même de me lever dans un élan de force désespéré.

C'est lorsque je repositionnai mon genou droit au sol que je sentis alors deux bras m'agripper et me soulever, et poussai un léger soupir de soulagement une fois les yeux ouverts: c'était bien lui, mais il semblait méchamment saigner du nez. Il n'avait cependant pas tant l'air concerné que ça par ce problème, au contraire.

« Putain, tu saignes, m'avoua-t-il. Accroche-toi à moi, faut qu'on s'échappe.

- OK. »

Moi, je saignais ? Je ne voulais pas y croire jusqu'à que je passe ma main sur mon front et qu'une brûlure vive me fasse lâcher un léger gémissement de douleur. Mes doigts étaient totalement rouges et je sentais en effet un liquide chaud couler le long de mon visage. Je n'étais pas encore sûr de si je m'étais effectivement ouvert le crâne ou non, mais dans tous les cas, je m'étais bien arraché, la peau peut-être. Et dieu que ça faisait mal, affreusement mal. Je pris néanmoins mon courage à deux main et continuai à courir en m'accrochant à Khalis qui semblait réellement déterminé à s'enfuir et qui m'emportait presque avec lui. Nous nous étions rapidement caché derrière le bâtiment de la cafétéria, là on l'on pensait être en sécurité suffisamment longtemps pour respirer un peu. Pourtant, aussitôt adossés contre le mur, nous nous regardâmes, le regard hébété et la même intuition en tête.

Sur le coup, je ne m'étais concentré que sur ses yeux: il avait peur, autant que moi. Cela pouvait se voir à des kilomètres de là, sans doute. Mais il avait par dessus tout l'air impuissant, inquiet, et je n'avais même pas les mots pour définir le degré d'incertitude que je percevais dans ses yeux. Le voir comme ça m'avait fait un certain choc, moi qui l'avait toujours vu plutôt souriant -ou en tout cas, jamais dans cet état-là- lorsque nous nous parlions et nous nous croisions.
Je me mis ensuite à regarder devant nous, attendant sa proposition qui était également la mienne.

« Faut qu'on escalade le grillage, on a pas le choix, me dit-il d'une voix faible saccadée par des fortes respirations.

- Et qu'on se casse, continuai-je. Viens. »

Nous pouvions nous faire attraper à n'importe quel moment ici et qui sait qui ces gens étaient et ce qu'ils voulaient. Alors nous reprîmes le pas de course et fonçâmes vers le grillage en acier qui nous barrait la route. Je voyais d'autres personnes qui avaient visiblement eu la même idée que nous et qui étaient déjà en train de cavaler à travers les rues. Je grimpai assez difficilement, embêté par ma blessure, et je pensais sérieusement que j'allais m'évanouir avant d'en voir le bout jusqu'à ce que je réussisse à me jeter de l'autre côté, suivi de qui je pourrai sans doute appeler ami après cette dure épreuve.

« Appelle la police, ou l'ambulance », lui demandai-je, paniqué.

Je le voyais déjà prendre son téléphone, mais au lieu de l'attendre, je continuai à tracer ma route, déjà essoufflé. Nous étions encore sur le trottoir et il était hors de question que je reste une seconde de plus aussi près de ce bâtiment. Je ne voulais pas mourir, alors je pris la rue la plus proche de nous, celle à notre droite, la main sur le front et sans savoir où aller exactement. Je regardai en arrière et vit Khalis piquer un soudain sprint après quelques secondes d'hésitation, abandonnant visiblement l'idée d'appeler à l'aide.

Ce ne fut que pendant ma course que je réalisai l'ampleur de la situation: moi, je n'étais pas mort, non. J'avais réussi à m'échapper. Mais tous les coups de feux que nous avions entendu, et les -sans doute- plusieurs hommes qui avaient pénétré dans l'enceinte du bâtiment, les explosions.. Non, tout le monde n'avait pas survécu. J'en étais quasi sûr, maintenant. Et mes pensées se brouillèrent à ce moment là, une fois plusieurs rues arpentées et je ne sais pas combien de minutes de course, me laissant tomber à terre après que Khalis m'eût, il me semble, demandé de l'attendre.

J'essayais de résister et de rester calme lorsque je le sentis s'approcher et s'accroupir à côté de moi.

« Bouge pas, je vais essayer de trouver quelqu'un pour nous héberger. Cache toi là-bas, m'ordonna-t-il en me pointant du doigt une pile de vieilles voitures. Et calme-toi. »

Chouette, des ordures, pensai-je. Mais bon. Il est vrai que nous avions -enfin, surtout moi- besoin d'aide. Nous pourrions repenser à ce qui venait de se passer après.




J'attendis quelques minutes qui me parurent durer une éternité, à l'abri des regards, faible, tremblant et allongé contre une de ces vieilles carcasses rouges. Finalement, j'entendis vers ma gauche des pas de course se rapprocher.

« Ronan ! Je vais t'aider, chuchota le garçon à la peau sombre en me prenant par le bras gauche et en me laissant me maintenir sur ses épaules. Y'a quelqu'un qui veut bien nous aider. C'est juste à côté. Je lui ai expliquée ce qu'il s'est passé et j'ai demandé à ce qu'elle prépare un bandage, pour toi. »

Il m'emmena dans une petite maison à une centaine de mètres de là qui semblait bien mal au point. La façade était partiellement détruite et le bâtiment en lui-même semblait tomber en ruine. La pauvre femme que je vis en entrant n'avait sans doute pas l'argent pour une quelconque réparation. Il est vrai qu'ici, on dépensait surtout le peu qu'on avait en besoins primaires, c'est-à-dire la nourriture et la boisson, ainsi que tout ce qui touchait à la santé -comme des bandages justement- car les accidents y étaient extrêmement fréquents.

La femme semblait être dans les cinquantaine ou dans la soixantaine, je n'étais pas sûr. Ou peut-être était-elle juste dans la quarantaine et était aussi mal au point que son habitation ?

C'est pas vraiment le moment de débattre sur ça, Ronan, me dis-je silencieusement. J'étais beaucoup trop tête en l'air des fois.

« Pauvre jeune homme, la femme plaignit-elle avec une voix rassurante. Viens t'asseoir là-bas. »

Je m'exécutai et m'écroulai presque sur la chaise tant je ne tenais plus sur mes jambes. Elle m'examina et m'analysa quelque secondes, puis m'apporta une lingette qu'elle passa autour de ma blessure pour nettoyer mon visage. Elle prit une sorte de coton avant d'en reverser de l'alcool sur l'un des côtés. Mes sourcils se froncèrent aussitôt à la vue de ce geste. J'allais souffrir.

« Ce n'est rien de bien grave, ça ira mieux bientôt. Tu aurais pu t'ouvrir, alors considère-toi heureux, m'annonça-t-elle.

- C'est déjà le cas, avouai-je alors. »

Après m'avoir fait brûlé à approximativement 1000 degrés Celsius, elle finit par enrouler plusieurs fois un bandage autour de mon crâne en faisant attention à passer par la brûlure.

« J'ai l'impression d'être un évadé d'hôpital psychiatrique, dis-je en voulant détendre l'atmosphère. Khalis lâcha un léger rire.

- Bien. Repose-toi un peu en attendant, je reviens dans quelques minutes, nous dit la vieille dame aux cheveux blond-gris. »

A peine sa phrase terminée qu'elle était déjà repartie dans la pièce d'à côté, nous laissant Khalis et moi seuls. Lui était resté debout tandis que j'étais resté sur ma chaise avec mon bandage sur la tête, sans savoir quoi dire.

« Tu vas bien ? me demanda-t-il.

- Ça dépend ce que tu veux dire par "aller bien", lui répondis-je avec un ton sarcastique.

- Bah.. Vivant, déjà.

- Ouais. Vivant, c'est bien. »

A vrai dire, je ne savais même pas comment je ne m'étais pas évanoui, alors je me considérais plutôt chanceux, sur le coup.

Cela mettait assez mal à l'aise d'avoir une première "vraie" conversation avec quelqu'un juste après ce qu'il venait de se passer. Notre vie venait de subitement prendre un autre tournant, et nous le savions tous les deux. Mais j'étais de toute façon trop mal pour avoir envie d'entretenir une conversation entre guillemets normale.

Mes yeux étaient donc rivés sur l'homme que je venais probablement de sauver tandis qu'il semblait admirer le coin de la pièce, pensif. J'aurais bien voulu dire que je l'analysais, mais je le regardais juste, peut-être l'admirais. Je venais de lui sauver la vie, et il venait en quelques sortes de sauver la mienne, alors je ne voyais pas quoi bien faire d'autre.

Ses traits du visages élargis et ses yeux vides montraient bien qu'il était réellement bouleversé par les événements. Quand je regardais ses yeux noirs, j'avais l'impression de regarder la mort, et je commençais à me demander ce qu'il avait vu et vécu, lui, avant que je le rattrape ? Était-il plus proche de la bombe que moi ? L'a-t-il vu de ses propres yeux ?

Ses cheveux bruns, plus courts sur les côtés, étaient en batailles aux endroits où ils étaient nombreux, aussi bien que certains retombaient sur son front ruisselant de transpiration ; et sa peau, bien que bien plus foncée que la mienne, semblait briller.

Je le regardais de haut en bas, lui avec sa veste en jean démodée -même si je dois avouer que ça lui allait bien-, le t-shirt noir et blanc en dessous qui semblait un peu trop petit pour lui et un pantalon marron foncé arraché au niveau des ourlets.

« Hey, t'habites vers où, toi ? lui demandai-je subitement en voulant briser ce silence pesant.

- Au Marais Englouti, me répondit-il. Mais à côté de la frontière avec les Landes Déchues.

- Sérieux ? »

J'avais devant moi l'un des seuls enfants du Marais Englouti -la région du nord- qui allait encore à l'école et qui avait probablement une vie tout juste potable. Quel honneur !

« Moi c'est un peu le contraire. Je suis de l'autre côté de la frontière », continuai-je.

Nous avions finalement continué à parler ainsi, à faire innocemment connaissance pendant quelques minutes -nous avons un peu parlé du lycée en général et de nos activités, j'ai appris qu'il était apparemment bon comédien, c'est vrai qu'il faisait également du théâtre- et à échanger quelques légers rires pour nous détendre un peu. Nous n'avions pas osé abordé le sujet délicat, alors nous avions simplement dérivé dans le n'importe quoi, comme de bons vieux amis. La seule chose qui m'avait perturbé relevait du fait que j'avais encore trouvé quelqu'un avec un plus beau sourire que moi. Autrement, il avait une espèce d'aura qui flottait autour de lui et qui m'avait mis à l'aise dès le début de la conversation et ce jusqu'au retour de la dame qui nous coupa net. Elle semblait étrangement plus paniquée que tout à l'heure, je me dis juste qu'elle devait avoir du mal à garder son sang-froid.

« Allez, vous devez vous en aller, maintenant. Ne restez pas là et essayez de rester le plus en retrait possible. D'accord ?

- Euh. Oui.. Merci beaucoup pour vous aide, merci infiniment, répliquai-je sans me poser trop de questions. Après tout, rester proche du lycée relevait un peu du suicide à l'heure actuelle.

- Merci », continua sèchement Khalis.

Et nous partîmes. Néanmoins, nous n'avions aucune idée d'où aller: il était à priori clair que nous ne retournerions pas au lycée pour l'instant, mais je n'avais pas non plus envie de me faire 45 minutes de marche à pied. J'avais laissé mon vélo à l'entrée du lycée, derrière le grillage, et il me semblait que Khalis aussi.

La seule chose que nous nous apprêtâmes à faire néanmoins relevait d'une folie inconsciente, ou d'une "simple" curiosité, c'est selon. Il fallait néanmoins que nous sachions ce qu'il était réellement arrivé sur les lieux du crime, et je voulais personnellement y voir les potentiels dégâts et récupérer mes affaires. Réaliser ce qu'il venait de se passer.

Alors nous nous mîmes d'accord et repartîmes en direction de l'affreux bâtiment en faisant abstraction des conseils de la vieille dame.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   Sam 19 Déc - 15:39

4. Horreur



« Tu as appelé la police ? demandai-je à Khalis.

- Non, mais quelqu'un a bien dû le faire à ma place. »

Le chemin du retour se faisait calmement. Nous n'osions pas continuer la conversation. Me concernant, j'étais juste pensif. Tristement pensif. Hier encore, je rêvais d'une vie plus palpitante et plus intéressante, mais pour rien au monde je n'aurais voulu que mon souhait s'exauce de cette façon-là. C'était plus une façon pour ma vie de me montrer que je n'aurai décidément jamais de chance et que tout ce que je ferai, dirai et penserai me retombera toujours dessus. Ta vie est chiante et t'en es malheureux ? Et bah tiens, v'là du changement, et soit encore plus malheureux, c'est gratuit. L'archétype même du foutage de gueule.. J'étais encore en train de m'énerver tout seul malgré moi, et je me tirais mes cheveux bruns pour me calmer un peu -pas trop fort non plus-, ce qui me décoiffa. Ils n'étaient pas forcément très longs pourtant, étant donné que ma mère les avait coupés il y avait de cela deux semaines, mais ils l'étaient assez pour que je me fasse mal et m'empêcher de continuer.

« Ronan ? m'interpella subitement Khalis, me faisant pivoter mon visage pour le regarder avec un air interrogatif. Tu l'as pas trouvée bizarre, la femme ? Enfin, la façon dont elle nous a faits partir, me demanda-t-il.

- Non, pourquoi ?

- Elle s'est vachement précipitée, j'trouve. Enfin, quand elle nous a laissés, elle avait l'air plutôt tranquille, pourtant. Ou alors je deviens juste fou, ça m'étonnerait pas.. »

Je pris un temps de réflexion avant de lui donner une réponse.

« Elle a peut-être un fils ou une fille au lycée qu'elle a voulu contacter. Ça se comprendrait, enfin, si j'avais pas eu de réponse par exemple, j'aurais réagi de la même façon, je pense.

- Sans doute.. », conclut-t-il, l'air peu convaincu.

Nous marchions à une cadence lente, comme si nous nous rendions à un rendez-vous important. Après tout, nous savions pertinemment à quoi nous allions être confrontés dans quelques minutes. Nous arpentions les rues lentement mais sûrement, scrutant chaque coins de celles-ci. J'avais un peu de mal à croire qu'on en avait traversé autant en si peu de temps lors de la fuite, alors je me disais peut-être qu'on s'était trompé de chemin, jusqu'à ce que l'on retrouve bien le bâtiment dans notre champ de vision, qui semblait isolé du monde et en piteux état. Une partie s'était effectivement écroulée, mais on n'entendait pas un bruit, pas même une sirène de police, ni rien d'autre.

« De toute façon, ça ne m'étonnerait pas que je devienne fou aussi. A chaque fois que je veux quelque chose, ça retombe sur moi. Et puis, je fais des rêves bizarres en ce moment, lui avouai-je.

- J'te comprends.. Quelques longues secondes passèrent. Tu peux venir me parler quand tu veux.. Si tu veux.

- C'est sympa, dis-je en souriant. J'savais que t'étais un type bien, même si on s'était jamais vraiment parlé. »

Étrangement, même une fois le tour du bâtiment fait, il n'y avait personne: pas âme qui vive. Je m'attendais au moins à voir la Police, mais je me dis que de toute façon, c'était de la Police dont on parlait, et qu'il ne fallait pas s'attendre à beaucoup de réactivité. Ou, si ça se trouve, personne ne les avait appelés..

Après plus haute inspection des lieux, il y avait tout de même certains chanceux qui avaient réussi à s'échapper et à se cacher dans les recoins du bâtiment, mais malheureusement, personne de ma connaissance. Parfois, je m'imaginais le pire concernant ces derniers avec une boule au ventre, ravalant ma salive. Aussi, je ne pouvais m'empêcher de souvent jeter des coups d'œil vers Khalis assez furtivement: le fait que je n'étais pas seul me rassurait un minimum, et c'était déjà ça de pris. J'avais l'impression qu'il me mettait en confiance sans même essayer.

Finalement, serrant des poings, je pris mon courage à deux mains et m'avança vers le grillage afin de l'escalader. Ma spontanéité à prendre ce genre de décisions à risque aussi subitement me jouera des tours, un jour. Aujourd'hui, j'avais déjà risqué ma vie en sauvant celle de Khalis, mais sur le coup, la priorité, c'était lui. Pas moi. Et maintenant, la priorité, c'est de sauver les quelques personnes qui sont peut-être bloquées et blessées à l'intérieur du bâtiment, car la Police n'allait pas arriver de sitôt. Et en plus de ça, je n'arrivais pas à me défaire d'un certain sentiment de culpabilité quant à cet accident, alors que cela semblait évident qu'il n'avait aucun rapport avec moi. On ne faisait pas exploser un lycée à cause d'un élève qui n'avait pas réviser sa sociologie; du moins, je l'espère.. Dans tous les cas, il fallait que je vois.

« Tu viens ? lançai-je à Khalis une fois les mains sur les barres de fer du portail.

- Je suis pas sûr.. Y'a peut-être encore des gens dedans.

- Des gens qui ont besoin d'aide, oui. »

Une sensation étrange m'avait envahi. Le genre d'aura que l'on a l'impression de ressentir dans chaque veine de son corps et dans chaque cellule de son cerveau. A la fois ce sentiment de devoir et cette envie de danger couplé à une peur inexistante.. Ce n'était pas vraiment de l'adrénaline, puisque n'importe quelle personne normale aurait sans doute réagi comme Khalis, qui me regardait d'ailleurs presque avec pitié. C'était autre chose qui ne me déplaisait pourtant pas.

« J'y vais tout seul, dans ce cas », continuai-je.

J'attendis tout de même quelques secondes dans l'espoir qu'il réagisse, et je l'entendis soupirer. Il s'avança et me prit soudainement le poignet.

« T'es chiant. Mais j'me sentirais coupable de te laisser y aller seul alors que je sais que tu viens de me sauver la vie.. » déclara-t-il, me faisant esquisser un sourire sur mon visage. Il n'avait toutefois pas l'air confiant du tout. Je maintins alors mon sourire pour lui faire comprendre que tout se passera bien.




Nous empruntâmes finalement la porte d'entrée de l'aile A de l'établissement après notre seconde séance d'escalade afin d'y découvrir l'horreur des dégâts. Etonnamment pourtant, si l'on faisait abstraction des débris de verres provenant de la vitre de la vie scolaire qui avait à priori explosé, le hall d'entrée semblait en bon état. Cependant, nous savions que ça n'allait pas se limiter à de vulgaires impacts. Nous nous mîmes alors à marcher à travers le long couloir de l'aile en passant à côté du premier escalier pour nous diriger vers celle où nous étions au moment des explosions. Haut-le-cœurs pourtant dès que nous atteignîmes le bout du fameux couloir: déjà des cadavres, jonchant le sol ou le deuxième escalier, et pour la plupart entachés de leur propre sang. Ils ont du se prendre au moins une dizaine de balles chacun, si je devais donner un ordre d'idée -ce que je ne voulais pas mais que je fis tout de même inconsciemment-.

Nous décidâmes de ne pas nous attarder à la vue de ces "inconnus" et nous traversâmes le carré des fumeurs qui faisait le lien entre les deux ailes -bien que nous pouvions également passer par la cour- afin d'entrer dans l'aile B du lycée, que je renommai immédiatement l'aile de l'horreur et qui nous donna définitivement envie de vomir. Des corps, des tas de cadavres livides et pâles, affalés et allongés tout le long de ce dernier et particulièrement au pied des deux escaliers où certains étaient carrément entassés. Le nombre de victimes semblait, hélas, élevé, trop élevé même par rapport aux nombres d'élèves qui étaient présents; et le carrelage s'était doté d'une couleur rougeâtre apportée par les vastes flaques de liquide rouge qui le recouvrait. Cerise sur le gâteau: ça empestait déjà, et l'odeur de la chair et du sang me fit ravaler ma salive plus d'une fois. Khalis et moi surmontâmes néanmoins cette envie de tout recracher..

Je voulus directement monter l'escalier à ma droite lorsque je me rendis compte que la moitié s'était tout simplement écroulée et que le 1er étage était devenu inaccessible. Une bombe semblait avoir explosé à cet endroit. De plus, je vis une énorme brèche dans le mur, malheureusement hors d'atteinte pour que l'on puisse s'y risquer à l'emprunter. Un seul chemin s'était donc ouvert à nous, et ravalant une énième fois ma salive, je me mis à slalomer entre certains cadavres et à enjamber d'autres. Je sais que nous aurions pu faire marche arrière et passer par dehors pour passer par la porte du bout du couloir, mais j'étais déjà en route lorsque l'idée me vint à l'esprit. Valait mieux faire ça vite. Khalis, lui, semblait traumatisé et bien plus affecté que moi. Il avait placé sa main droite sur ses lèvres et une partie de son nez, soulignant le choc dont il venait d'être victime.

Mon cœur battait la chamade, particulièrement à l'idée de me faire abattre au beau milieu de ce tortueux corridor plus qu'à la vue de cet ignoble spectacle, lorsque je vis, descendant difficilement l'escalier d'en face, une silhouette masculine vêtue de noir. Mon cœur venait alors de louper un battement et je fis un pas en arrière qui me manqua de trébucher puisque j'avais marché sur le bras d'un des cadavres. Je me rendis néanmoins compte que cette personne, je la connaissais. C'était un camarade de classe de l'année dernière, pas réellement un modèle niveau comportement et résultats mais qui parlait toujours pour rien et amusait la galerie. La plupart des gens appréciaient sa compagnie, même si certains le trouvait trop lourd. Dans tous les cas, je l'avais toujours vu jovial, avec ses yeux plissés et sa barbe de trois jours, son air baraqué et ses cheveux bruns toujours coiffés. Il pleurait, et sans un mot, nous nous avançâmes et il m'enlaça.

« Content de voir que le muet a réussi à se faire discret aujourd'hui aussi
», me dit Valentin.

Le muet. C'était le surnom qu'on pourrait qualifier d'affectif qu'il m'avait donné car je ne répondais souvent pas aux questions des professeurs, même si ils insistaient. Souvent, je ne connaissais juste pas la réponse mais j'avais juste la flemme de l'avouer. En me faisant discret, tout le monde me remarquait, et ça, ça m'avait toujours particulièrement amusé.

« Content de te voir aussi, avouai-je en soupirant. Tu as vu quelqu'un d'autre ?

- Ouais, y'a encore des gens là-haut. »

Derrière lui arriva Elisa, une jeune femme à la peau noire habituellement remplie d'énergie mais que je reconnaissais plus. Elle semblait détruite et préféra sortir de cet enfer le plus vite possible. Je jetai un coup d'œil vers Khalis et lui fit signe de la tête, signifiant qu'on allait continuer notre progression. A Valentin et Elisa, je leur glissai un simple mais sincère "courage" tout en remontant l'escalier. Puis je fondis en larme.

Devant moi, la petite Cristal. Elle était encore en vie mais tenait difficilement debout, et j'en jugeai à la vue de ses vêtements tâchés de sang qu'elle s'était prise quelques balles. Je me projetai sans réfléchir vers elle et l'enlaça comme jamais. Mais elle poussa un râle de douleur: j'ai du étreindre une zone touchée. Je fis un bond en arrière.

« Mince, désolé, m'excusai-je en balbutiant. Essaie de sortir du lycée, les secours devraient pas tarder..

- Merci.. », murmura-t-elle.

Elle fit quelques pas et je demandai à Khalis si il pouvait l'escorter hors du bâtiment, puisque j'avais peur qu'elle ne s'écroule en cours de chemin. Il opina immédiatement et la porta délicatement tel un preux prince sauvant sa princesse, bien qu'il s'agissait simplement d'un élan de soutien et de générosité en situation critique. Je les regardai s'éloigner, puis me retournai. A ce moment-là, mes yeux s'immobilisèrent sur ce que semblait cacher la jeune blonde. Lorsqu'elle s'était avancée, elle avait dévoilé derrière elle le cadavre livide de Laye, qui fut rapidement mouillée par les quelques larmes que je lâchai sur elle, les genoux au sol. Je ne voulais pas y croire.. C'était sans doute la personne qui comptait le plus pour moi ici, la meilleure rencontre de ces quelques 365 jours. Putain, qu'est ce qu'il s'est passé, pensai-je fort. Pourquoi ?! J'agrippai son corps inerte et regarda son doux visage et ses lèvres bientôt exsangues en me disant que ça y est, elle n'allait plus jamais sourire. Moi non plus d'ailleurs, je n'allais plus jamais sourire. Plus après ça, pas maintenant que j'avais le cœur lourd et sombre, les pensées hantées et l'espoir détruit. Concrètement, je n'avais plus de lycée, j'avais perdu des amis, et mon seul espoir reposait, à contrecœur, sur une potentielle aide des Triomphants et sur les encouragements affectifs de ma mère. Dans de multiples sanglots, j'ouvris les paupières de Laye et me plongea une dernière fois dans ses beaux yeux verts, maintenant aussi vides et sombres que le cœur de tous les survivants.





J'accourus à travers le couloir pour descendre les escaliers lorsqu'une déflagration venant de la salle de classe que je venais de quitter me cloua à terre. Une deuxième bombe venait d'exploser et je venais d'y échapper in extremis. Terrifiée, je tentai de me relever mais me fis violemment percutée par des tas de personnes en panique. Je pris finalement la décision de ramper sur le sol puis d'attendre qu'il n'y ai plus personne dans le coin du couloir, histoire de ne plus gêner qui que ce soit et d'essayer de calmer la douleur des coups que je venais de me prendre, dont un à la hanche.

Je m'apprêtai alors à me relever quelques secondes après lorsque j'entendis des coups de feux et des cris de terreur stridents. J'ignorai d'où ils venaient, mais je décidai de piquer un sprint et descendis les escaliers à toute vitesse, loupant une ou deux marches à chaque fois, comme si j'étais en retard. Je voulais m'enfuir à tout prix, je voulais vivre. Une fois le 1er étage atteint, j'allais continuer vers le rez-de-chaussée lorsque je vis d'étranges silhouettes enjambant des dizaines de cadavres monter l'escalier. Ça y est. C'était la fin, mon heure était venue. Je lâchai abondamment de lourdes larmes et commençai à penser à tout ce que je n'avais pas pu faire., en lâchant des "non, non" faibles à répétition. Dans un élan de désespoir, je me mis à foncer à travers le couloir en direction des autres escaliers, en compagnie d'autres personnes visiblement aussi paniquées que moi. Mais je vis d'autres hommes, peu nombreux mais appartenant visiblement à une quelconque armée affluer au fond du couloir.

C'était trop tard..
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   Sam 19 Déc - 15:44

5. Changements


Des mains me secouant le torse semblaient vouloir me faire revenir à la raison, et une voix innocemment enfantine prononçait chaque consonne et syllabe de mon prénom alors que j'avais l'impression de ne plus avoir aucun contrôle sur mon corps et d'avoir fait un trop-plein d'émotions.

« Ronan ! me cria Khalis plusieurs fois, me faisant rouvrir les yeux comme si j'avais vu un fantôme.

- Khalis ?! m'écriai-je en retour en le regardant et en prenant une grande inspiration. Oh, tu m'avais pas dit que tu pouvais avoir une voix aussi adorable, lançai-je en riant, tout naturellement, avant de réaliser où j'étais.

- J'peux faire tout type de voix, continua le théâtreux en haussant ses sourcils. Tu vas bien ? T'as mis du temps avant de te calmer et.. De remettre les pieds sur Terre, t'étais dans une sorte de transe ou je ne sais quoi.

- Ah, euh, oui, ça va, le rassurai-je. Juste un surplus d'émotion. J'ai tendance à les cacher. Ça a explosé », affirmai-je en voulant cacher mon choc émotionnel soudain.

Je n'avais même pas remarqué que mes yeux étaient encore remplis de larmes qui coulaient toujours sur mes joues rouges. J'avais le visage mouillé et j'étais en réalité traumatisé et terrifié. Je ne comprenais pas ce qu'il venait de se passer, ce que mon compère remarqua automatiquement en me regardant avec un air de pitié. Et en bon samaritain, il se rapprocha doucement, s'accroupit et malgré un léger temps d'hésitation, enroula ses bras autour de mon corps pour m'étreindre l'étreindre de façon légère mais si sincère que je me laissai littéralement tomber, glissant mon crâne contre ses épaules et témoignant de la blessure qui venait de me déchirer le cœur. Je n'étais pas comme ça d'habitude. Vraiment pas. Ronan Yerschian, l'homme d'habitude aussi imperturbable qu'une pierre, cachant ses émotions, non pas par fierté mais juste car il en était habitué se serait contenter d'une simple tape dans le dos, et je suppose que Khalis aussi.

« Non, putain. Ça va pas, marmonnai-je dans un grand soupir en tentant d'essayer mes larmes, en vain. Je crois qu'il ne m'a pas entendu. Et comme un con, je dis jamais aux personnes que je les aime. J'ai toujours été comme ça à ce niveau-là, et ça me retombe dessus comme tout le reste. Ça ne m'étonne même plus. Tout me retombe dessus, j'ai l'impression de porter malheur. »

Je me délivrais à un homme que je connaissais à peine, sans même savoir si il avait compris les mots que j'avais prononcé. Mais je savais que je pouvais lui faire confiance: j'avais toujours eu une espèce d'intuition en ce qui concernait ce genre de choses et j'étais persuadé que même si il ne saurait pas quoi répondre, Khalis m'écouterait. C'était peut-être bizarre, dis comme ça. Mais bon. Le seul point positif de tout cela était que j'avais peut-être lié une amitié, et aussi peut-être que je n'avais pas réellement tout perdu. Pas encore, du moins.

Je voulus me relever lorsque j'entendis des hommes parler entre eux suivi de bruits de pas grimper les escaliers devant lesquels nous nous trouvions. Une fois reposé sur mes deux jambes, je fus étonné de me retrouver presque nez à nez avec une bonne poignée de policiers qui nous regardèrent de façon incertaine.

« Sortez de là, nous ordonna l'un d'entre eux.

- Non non, attends ! interrompit un autre, sans pour autant donner d'explications à son geste.

- Ils n'ont pas besoin de rester là. C'est une scène de crime, reprit le premier en s'adressant au gêneur avant de se retourner vers nous. Allez, les enfants. Allez-vous en.

- Est-ce qu'on peut juste reprendre nos affaires ? demanda gentiment Khalis.

- Vous passerez une autre fois, lui répondit le policier. On a besoin d'être seuls pour ce genre de choses. »

Nous acquiescèrent finalement sans dire quoique ce soit et redescendîmes les escaliers dégoulinants de tristesse. Pour nous éviter de repasser par le corridor des enfers, nous prîmes la porte qui menait à la cour directement à notre gauche et nous traversâmes cette dernière sans bruit jusqu'à arriver et repasser par le hall d'entrée afin d'atteindre le portail de métal, qui était désormais ouvert. Il y avait maintenant étonnement beaucoup plus de monde devant l'établissement que quand nous étions revenus, mais nous réussîmes néanmoins à passer assez inaperçu en compagnie de nos vélos. Et pour les quelques nuisibles qui tentaient de nous adresser la parole ou de nous poser des questions, nous les repoussions. Pourquoi y avait-il autant de mondes? Etaient-ils inconscients?

Après quelques mètres de marche afin de s'éloigner de la foule de victimes, de policiers, de familles et de quelques journalistes amateurs, j'adressai un dernier regard à Khalis, le visage inquiet et attristé. Je n'avais pas vraiment envie de le quitter après tout ça, mais il fallait que je voie ma mère.

« Tu devrais rentrer chez toi aussi, ça vaut mieux, lui proposai-je en enfourchant mon vélo.

- C'est ce que je comptais faire.. Bonne chance, me souhaita-t-il en m'adressant un sourire.

- J'essaierai de prendre de tes nouvelles, ok ? »

Je lui souris en lui adressant un au revoir que j'essayai de rendre convaincant et me mis rapidement en route, pédalant aussi rapidement que je le pouvais pour m'éloigner de ce manoir de l'horreur. Je croisai quelques policiers qui patrouillaient en chemin mais les ignorai totalement du regard en me disant qu'on aurait pu crever vingt fois avant qu'ils ne daignent enfin arriver..

Quelque fois pendant le chemin du retour, je regardais derrière moi histoire de m'assurer que je n'étais pas suivi. Hélas, il me semble qu'il y avait toujours quelqu'un derrière moi, ce qui ne me rassurait pas, mais absolument pas du tout. Aussi, je pris la vitesse maximum pour retrouver ma maison et peut-être ma petite famille en moins de temps possible, si jamais elle était là.

Malheureusement, ce n'était pas le cas. Après avoir franchis le seuil de la porte, j'avais scruté le moindre recoin de la maison et chacune des pièces, du salon à la cuisine, des toilettes aux chambres, était vide de vie. Machinalement, je regardai l'heure. Il n'était même pas encore 15h. Je partis donc allumer la télé pour voir si jamais ils parlaient de ce que je pensais être un attentat aux informations, mais là encore, il n'y avait rien. L'information ne semblait avoir circulé que dans les postes de police du coin. Etrange pourtant, sachant que j'étais quasi sûr d'avoir vu des reporters et des journalistes au pied du lycée.. Mais il est vrai que les chaînes de télévision devaient absolument se faire les plus discrètes possible tant que l'enquête n'était pas terminée. Cela faisait parti des lois que les Triomphants avaient instauré après avoir pris le pouvoir, et malgré tout ce que je pouvais dire sur eux, ils avaient quand même pris quelques décisions intelligentes. Celle-ci par exemple évitait de faire les populations s'affoler pour rien et de donner des informations cruciales aux potentiels tueurs ou terroristes.

Je lâchai un grand soupir et éteignit finalement la télé. Désireux de me délivrer et de raconter ces affreux évènements à ma mère, je pris une feuille du papier à moitié déchirée et un stylo presque vide, avec en tête l'idée que j'irai rendre visite à ma meilleure amie juste après, et que ma mère pourrait m'y retrouver si elle voulait.





10 minutes après, c'était bon. Je lâchai finalement mon stylo, accrocha ma lettre sur le frigo, mais alors que je posais mon magnet, un bruit suspect me le fit lâcher immédiatement et m'obligea à laisser le papier sur le côté de l'évier.

« Maman ? » m'écriai-je, en espérant recevoir une réponse.

Malheureusement, toujours rien au bout de deux secondes: ce n'était donc pas ma mère, avec ses lunettes et ses cheveux châtains. Je me dis alors que le vent avait peut-être fait renverser un objet ou qu'une étagère avait céder. Je m'armai tout de même d'un verre que ma mère n'avait pas encore lavé et m'avançai d'un pas confiant vers le couloir pour vérifié si rien n'avait cassé.

Dans le couloir, il n'y avait rien, mais quelle fut ma surprise lorsque j'agrippai doucement la poignet de la chambre de ma mère en poussant doucement la porte et que j'entendis des pas se réfugier dans le coin de la pièce, collés au mur. A cet instant, mon visage perdit toute émotion et si j'étais dans un cartoon, des milliards de perles de transpiration seraient en train de goutter tout le long de mon corps.

Il me semble que cette mystérieuse personne ne savait pas que je l'avais surprise. Je fis alors un pas en avant, prêt à agir et me retrouvai devant un homme au visage à moitié masqué que je voulus cogner aussitôt, sans vouloir entamer de conversation. Il n'hésita néanmoins pas non plus une seconde à contre-attaquer avec une espèce de seringue étrange que je n'avais pas vue. Mon premier réflexe, ayant abandonné l'idée de lui jouer au bourrin, fut de lui attraper le bras et tenter de le contrôler -difficile, avec la main droite occupée- alors que la seringue me frôla dangereusement le cou. Dans la panique, je voulus lui frapper plusieurs fois le crâne avec le verre qui ne se brisa même pas sous les chocs. Mais je me pris un soudain violent coup de coude dans la hanche qui me repoussa en arrière, au fond de la pièce. Il se retourna en semblait ne pas me lâcher du regard.

La chambre de ma mère était extrêmement petite et ne se contentait que d'un lit -deux places tout de même- en plein milieu, d'une commode sur la droite et d'une table de nuit près de la fenêtre. Je ne devais donc pas me permettre de perdre du temps et recula vers cette dernière alors que l'homme fit quelques pas en avant, semblant déjà vouloir arrêter de se battre.

« Ecoute-moi, me dit-il sèchement. On peut s'expliquer. »

A ces mots, je jetai immédiatement le verre que j'avais gardé en main. Je l'entendis éclater en mille morceaux, mais hélas, mon ennemi l'avait évité de justesse et il avait explosé sur le mur. Dès que je compris que si je ne tentais rien, j'étais foutu, je sautai en arrière par la fenêtre et m'écroulai tel un enfant manquant encore d'équilibre sur une terre craquelée bercée par quelques brises légères. Heureusement pour moi, seulement l'arrière de mon crâne s'était prit le choc, puisque ça aurait pu vraiment mal tourner autrement.

Je me repositionnai en l'espace d'une seconde chrono et me mit à fuir aussi rapidement qu'avec Khalis tout à l'heure. Un coup d'œil en arrière me confirma que l'homme, non seulement semblait être à mes trousses, mais aussi n'était pas seul. Je cavalai alors à travers les petites constructions du patelin une bonne minute, croisant dans la foulée quelques têtes bien connues -et d'autres moins- lorsque je me rendis compte que je n'étais finalement pas suivi. Pas non plus rassuré par cette perte et trop fatigué par les récents évènements pour continuer, je me cachai en dessous d'un toboggan du parc d'à côté. Je pourrais y rester des années si il le fallait, tant que j'étais en sécurité.

Qu'est ce qu'il se passait, aujourd'hui, sérieusement ? D'abord, mon lycée est victime d'un attentat, et voilà que les potentiels auteurs de cet attentat se mettent à me pourchasser jusque dans ma maison ! Deviendrais-je fou ou étais-je vraiment recherché pour une raison qui m'était totalement inconnue ? Je n'étais même plus en sécurité chez moi. A partir de maintenant, je devais être incroyablement attentif à là où je mettrai les pieds, et je me demandais même si il n'y avait pas de bombe derrière moi..

Le temps passait. Je réfléchissais. C'est fou comme nous ne sommes plus à l'abri de rien, dans ce monde. Nous devons nous méfier de tout le monde, tout le temps. Et au moment où vous commencez à vous lasser de votre vie, que vous commencez à croire qu'il n'y a plus rien à craindre, tout bascule. Tout disparaît. Et voilà que je me retrouve sous un toboggan, à la merci de n'importe qui, à caresser le sol de sorte à dessiner dans la poussières des formes diverses et variées. Étais-je vraiment en sécurité ? me demandai-je, lorsque je cru voir un petit garçon d'environ 4 ans gratter cette même parcelle de sol apparaître et disparaître tout aussi rapidement.

Une vision ? pensai-je, confus.

Cerise sur le gâteau, une vision. J'avais déjà tenté de remonter les vieux souvenirs mais je ne me souvenais pas être déjà venu à cet endroit lorsque j'étais petit.

Est-ce que c'était moi.. Ou quelqu'un d'autre ?




Il me semblait qu'une heure s'était maintenant écoulée pendant que je roupillais dans le parc pour enfant. Je sortis alors ma tête de mon trou, en m'assurant qu'il n'y avait personne des deux côtés puis sortis le corps entier, me l'étirant et en me faisant craquer le dos après cette longue hibernation. Je regardai dans mes poches et sur mes bras et me souvint que je n'avais malheureusement rien sur moi pour contacter ma mère et mes proches. Je me mis à repenser à la lettre que je lui avais écrite et commençait déjà à craindre qu'elle ait voulu me retrouver chez ma meilleure amie après l'avoir lue, sans succès. Elle devait être en panique.

J'escaladai le petit grillage délimitant les limites du terrain de jeu et décidai me rapprocher de chez moi, lorsque, en l'espace d'une seconde d'inattention où je voulus remettre un lacet dans ma chaussure, une longue et fine tige en acier se logea dans mon cou et me fit tomber à terre.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   Lun 28 Déc - 15:42

6. Poussé à la guerre




Des picotements dans ma tête. Une douleur qui me lancinait le corps entier. Une envie soudaine de rejeter de la bile, encouragée par des secousses continues qui me rendaient malade couplées d'une incompréhension totale de ma position et de ma situation.

Je ne me souvenais étrangement de rien, et avant même que je puisse ouvrir les yeux, je m'étais retrouvé allongé dans la remorque en acier d'un camion, les mains et les pieds attachés par paire par une corde. J'avais cette impression de m'être retrouvé un lendemain de soirée, bien que je n'en avais jamais vécu un: les yeux qui piquent, rouges et tristes, une perte de mémoire soudaine, à se réveiller dans un endroit que l'on ne connaissait pas, sans même savoir pourquoi..

Les liens de mes mains et de mes pieds m'empêchaient de me lever malgré mes nombreuses tentatives. J'abandonnai lorsque je réalisai que c'était peine perdue, et de toute façon, je ne voyais pas vraiment ce que j'y gagnerais: il n'y avait ici nul autre que moi et deux bancs attachés aux deux plus grandes parois de la remorque. Pas même de fenêtre qui me permettrait de tenter de me situer ou de me laisser un peu de lumière, ou même un accès au devant du véhicule qui m'autoriserait à faire connaissance avec le conducteur. Tout ce que je savais, c'était que nous étions en mouvement et sur un sentier à priori escarpé à en juger par les multiples agitations qui ne semblaient pas vouloir s'arrêter.

Une dizaine de minutes s'écoula après mon réveil sans qu'il ne se passe quoique ce soit, m'enfonçant à chaque seconde dans mon incapacité à raisonner et à tenter de comprendre le pourquoi du comment. J'avais un besoin réel d'explications, et ce, le plus vite possible. Désespéré, je voulus même tenter de me rendormir, en vain, et je commençais à sérieusement à psychoter quant à la raison pour laquelle je m'étais soudainement retrouvé attaché dans un camion sans espoir de m'y échapper.

Finalement, au bout d'un certain temps, mes souvenirs me revinrent petit à petit. L'attaque de mon lycée, Khalis.. Puis cette impression qu'il s'était passé quelque chose chez moi. C'était encore assez confus, mais je me concentrais en faisant abstraction des fortes vibrations que je devais subir afin d'assembler les derniers morceaux du puzzle. Lorsque soudain, le véhicule s'arrêta.

Et explosa.

Le choc me projeta au quatre coins de la remorque et me faisait violemment percuter le sol, les murs et le plafond au fur et à mesure que celle-ci roulait après s'être doucement envolée, sans doute à cause de la déflagration. Heureusement, cette prison dans laquelle je me trouvais avait toute la résistance d'un bunker et j'y étais sans doute en sécurité. Hélas, ce n'était pas mon cas, et mon corps se tortillait dans tous les sens imaginables, hurlant de douleur.

Je ne serai pas étonné si je me réveillerais avec des bleus et des hématomes un peu partout. Une fois le choc passé, tout se figea, moi y compris, à moitié assommé et paralysé par la douleur qui envahissait mon corps entier. Chaque partie de ce dernier me lancinait, comme si frappée en continu soit par un marteau, soit par un tournevis. Soudain, je sentis un courant d'air frais, pour ne pas dire froid, venir de derrière moi, et entendis sous un sifflement aiguë qui me faisait saigner des oreilles des bruits de pas, de cris, et de combustion.

« Il est attaché ! » hurla une voix masculine.

Ça y est. J'étais bon pour la casse, maintenant. On allait profiter de mon incapacité à bouger pour me tuer, ou pire encore. Je n'osais même pas imaginer ce qui pourrait m'attendre, lorsque je sentis des bras agripper mon corps et me soulever, m'emmenant à l'extérieur de la remorque. Lorsque finalement j'ouvris les yeux, je me rendis compte qu'il faisait totalement nuit et que je me trouvais à un endroit qui m'était totalement inconnu. J'eus de la peine à utiliser les muscles de ma mâchoire en voulant poser une question lorsqu'une silhouette en combinaison s'approcha de moi alors que l'on me reposait sur une herbe voletant au gré du vent. Je vis une lumière vive émaner d'un objet en fer et qui me fit ressentir au niveau des mains une chaleur étouffante. De même au niveau des chevilles quelques secondes après, même si le ressenti n'était pas le même. Et avant même que je ne m'en rende compte, on m'avait remit debout et mes membres étaient de nouveaux libres de mouvements: les cordes qui m'empêchait de bouger avaient disparues, je suppose qu'on venait de me les délier ou de me les couper.

« Cours ! » m'ordonna un homme regardant visiblement dans ma direction.

En bon garçon que j'étais, je m'exécutai aussitôt même si avec beaucoup de difficulté. Une douleur assez importante m'avait envahi le crâne suite à un choc, là où je m'aperçus que j'avais un bandage, et qui rendait ma vision légèrement floue? Heureusement pour moi, l'un des hommes m'aidait à m'avancer en portant mon bras sur son épaule, et ensemble, nous courrions à travers les flammes, les fumées, et à ma surprise, les coups de feu. Je ne comprenais rien de ce qu'il se passait à part le fait que ce n'était pas vraiment l'heure à se poser des questions. Il fallait agir, Ronan. Oublie tes craintes et tes incertitudes qui te rongent l'esprit et cours, bon sang !

Devant moi, je vis d'autres camions similaires à celui dans lequel on m'avait enfermé. Tous étaient en train de brûler et s'étaient retournés d'une façon ou d'une autre. D'autres explosions avaient du être déclenchées dans le laps de temps où j'étais trop abasourdi pour m'en rendre compte. Je ne savais pas où donner de la tête tant il se passait de choses partout où je regardais: les hommes couraient, fuyaient et criaient. D'autres se préparaient à utiliser des armes à feu ou à électricité et se tiraient dessus pour une raison que -attention, suspens- j'ignorais totalement. Un véritable paysage de guerre et d'apocalypse dans lequel je ne voulais surtout pas être affiché en premier plan.

« On a pas de temps à perdre », lâcha une autre voix dans un souffle.

Nous nous cachâmes avec incertitude derrière des piles de sacs qui semblaient tous bien remplis. Je pris une grande respiration après être violemment tombé à cause de la rapidité de l'action, me frottai le front et essayai de compter combien nous étions histoire de bien visualiser la situation. J'aurais bien dit que nous étions cinq regroupés et cachés, mais il y en avait des dizaines et des dizaines d'autres tout autour de nous. L'un des hommes qui m'avaient aidé s'était doté d'une arme lourde qui demandait une extrême précision. Il se levait de temps à autre pour tenter de tirer, les flammes étant sa seule source de lumière, et il se rebaissait immédiatement pour courir le moins de risque possible. Un autre homme, le plus proche de moi, enleva son casque pour respirer un peu. Je le regardais avec autant d'appréhension que lorsque j'avais vu ces armes de guerre en marche, lorsqu'il m'adressa la parole:

« Désolé que tu te sois retrouvé dans ce merdier. Mais il faut juste que tu gardes une seule chose en tête pour l'instant: tu ne dois absolument pas mourir. Ne te pose pas de question. »

Les coups de feu couvraient la plupart du temps sa voix, mais j'avais néanmoins compris son message. Ne te pose pas de question? Plus facile à dire qu'à faire, mon ami, surtout pour quelqu'un comme moi qui s'était toujours posé des tas de questions et s'inquiétait pour deux brindilles. Il prit, attachée à la ceinture de sa hanche, une gourde d'eau qu'il colla à ses fines lèvres. Des gouttes ruisselaient tout le long de son visage, un visage d'ailleurs qui me semblait étrangement familier malgré l'obscurité ambiante. Puis, finalement, il rabaissa son casque et me jeta une arme assez conséquente, que mon corps tremblotant et dépassé par les événements laissa glisser à terre. Je la repris néanmoins en main immédiatement de façon naturelle pour ne pas que l'on me prenne non plus comme une vieille poule mouillée. L'homme reprit la parole:

« Tu crois que tu peux t'en servir ?

- Non, j'en ai jamais utilisé, déclaré-je, mais je peux essayer.

- Si jamais t'en as besoin, utilise-la quand même. Écarte-toi juste de l'endroit que tu vises.

- J'vais essayer, mais je promets rien, prononcé-je avec une certaine incertitude dans la voix.

- Et si jamais on se revoit, moi, c'est Thomas. »

Sa voix, bloquée par son casque, ressemblait à celle d'un astronaute qui parlait dans sa combinaison. Et bien que je ne voyais plus son visage, masqué par ce plexiglas noir, je l'imaginai m'adresser un léger sourire, lorsqu'une explosion retentit juste derrière nous, nous obligeant à quitter notre cachette. Je crus entendre une voix de femme, mais elle ne parlait pas ma langue natale. Je réussis toutefois à comprendre ce qu'elle disait, et de ce que j'en déduisis, elle ne s'adressait définitivement pas à moi.

« Continuez à attaquer ! Ils essaient de s'enfuir », hurla-t-elle en anglais.

Je piquai un sprint en direction de la forêt à ma droite malgré mes douleurs aux jambes, encouragé par les râles des hommes que je suivais. Puis soudain, une douleur aiguë me fit hurler tout mon soul alors que je m'écrasai au sol, le jambe blessée par une fine balle qui venait de s'y loger. Le sang coulait doucement jusqu'à empourprer mes chaussettes blanches lorsqu'on me releva, me protégeant sans doute d'autres meurtrières du genre qui auraient largement pu m'achever. J'éprouvais une confiance aveugle envers ces inconnus dont le corps était couvert d'équipement pare-balles, puisque je ne pouvais compter que sur eux. Lorsque finalement, je tenais de nouveau sur mes deux jambes, je chargeai par réflexe l'arme que Thomas m'avait lancé qui, malgré mon expérience nulle en la matière, s'avérait facile à maîtriser. Lorsque je vis à une dizaine de mètres de notre position des renforts ennemis débarquer de nul part, je pressai la gâchette et laissai la magie opérer. Une grenade se propulsa avec force sur eux et explosa au premier contact, entraînant tout humain ou objet à proximité dans une lumineuse déflagration qui m'aveugla avant de me souffler en arrière.

Les coups de feu résonnaient toujours en nombre dans la plaine enflammée. Je repris appui sur mes deux bras, puis ma jambe non blessée et je criai à l'aide. Je ne pouvais pas me permettre de courir une balle dans la jambe. Apparemment, une silhouette entendit mon appel et se dépêcha de venir vers moi afin de me prendre dans les bras et me porter avant de repartir en arrière. Nous passâmes rapidement entre les arbres qui se multipliaient encore et encore, jusqu'à nous gêner dans notre course. J'exerçais une certaine pression sur ma blessure qui faisait couler toujours un peu plus de sang, tentant de stopper l'hémorragie, en vain.



Cet homme me portait à travers la forêt depuis de nombreuses minutes maintenant, jusqu'à ce qu'il dériva brutalement sur la droite en m'entraînant avec lui dans ce que je pensais être une chute, mais il n'en était rien. Il retira son casque et c'est avec surprise que je vis apparaître un visage.. De femme.

« On ne bouge plus d'ici jusqu'à ce j'en décide le contraire, compris ? me dit-elle d'un ton autoritaire.

- Je risque pas d'aller loin avec ça, de toute façon. »  

Ses cheveux bruns coupés et légèrement ondulés lui donnaient une allure certaine de rebelle et de garçon manqué. Elle avait toute l'allure et l'assurance nécessaire pour devenir soldat de guerre, et sa voix couplée à ce regard remplis de confiance me confirma qu'elle avait bien sa place ici. Je restai bouche bée, essoufflé par ce qu'il venait de se passer et encore totalement abasourdi. Visiblement, la guerre devait être son quotidien tant son visage ne dégageait ni peur, ni fatigue, tandis qu'elle approchait à ses lèvres une sorte de talkie-walkie en prononçant ces mots:

« Ici Baleine Chauffante. Numéro Deux est avec moi et nous sommes à l'abri des regards. Je répète, Numéro Deux est avec moi et nous sommes à l'abri des regards, terminé, finit-elle en relâchant un bouton rose.

- Numéro Deux ? »

Elle fit semblant de ne pas m'entendre malgré mes répétitions, ce qui s'apparentait clairement selon moi à de la provocation. Je ne pus donc m'empêcher de vouloir la provoquer à mon tour:

« Bon écoute, Baleine Chauffante, je sais pas ce qu'il-

- Miranda, je m'appelle Miranda, merci. Et tiens toi tranquille, ce n'est pas à moi de donner les explications.

- C'est à qui, alors ?

- Tu verras bien. Maintenant ferme-la si tu veux pas que je te descende », chuchota-elle agressivement, un pointant l'arme que j'avais tout à l'heure sur moi. Je n'avais même pas remarqué qu'elle me l'avait prise, et cela me calma immédiatement.

Nous restâmes bloqués ici pendant facilement une heure, et elle avait improvisé une sorte de guérison et un pansement en utilisant quelques grandes feuilles d'arbres que je ne connaissais pas et des tiges de plantes voisines afin de diminuer ma douleur et d'arrêter le saignement, avant que je n'entende un signal sonore et qu'elle me demande de la suivre, toujours avec la plus grande prudence. Si ce n'était pas à elle de donner des explications, alors j'avais hâte de rencontrer celui qui le fera. Pourquoi est-ce que tout cela arrivait si vite ? Je n'avais jamais demandé une chose pareille ! Mon cœur semblait ne pas vouloir ralentir la cadence depuis mon réveil et me faisait ressentir une sensation extrêmement désagréable dans la poitrine, me donnant le tournis comme si j'allais m'évanouir d'une minute à l'autre. De plus, malgré que l'on était en Octobre, la température élevée semblait également jouer son rôle.

Nous nous aventurâmes dans une forêt toujours plus broussailleuse tandis que je sautillai tel un lapin handicapé pour me déplacer. Parfois, nous nous camouflions dans les buissons lorsque des engins semblables à des hélicoptères survolaient le ciel. Miranda ne voulait prendre aucun risque et je la suivais comme un toutou, ne voulant pas jouer l'adolescent rebelle et capricieux dans une situation visiblement très sérieuse.

La marche fut beaucoup plus longue que ce que j'avais imaginé. Le soleil avait pointé le bout de son nez depuis quelques heures déjà et surplombait maintenant ce dernier par de chauds et lumineux rayons. Je pouvais me plaindre de ma condition, surtout avec des douleurs qui se réveillaient à cause de la fatigue, mais la jeune femme devant moi devait bien suffoquer dans sa combinaison. Je commençais à désespérer lorsque se dressa devant nous, derrière les longs troncs d'arbres, un grand bâtiment d'acier. Miranda s'y précipita et j'augmentai moi aussi la cadence de mes pas en la suivant. Nous étions visiblement à l'arrière du fameux bâtiment en raison de l'apparence bâclée que celui-ci rejetait et de l'absence de porte, en plus d'une échelle légèrement rouillée que Miranda utilisa afin d'atteindre le toit avant de m'aider à la grimper moi aussi. Une fois les pieds posés sur ce dernier, ma fatigue et ma douleur se changea en un amer émerveillement.

Je ne savais pas où j'étais, mais qu'est ce que c'était beau ! Alors, certes, le bâtiment était très grand et beaucoup plus haut qu'il ne laissait montrer à l'arrière et je dus trotter encore de longues minutes sur le béton avant d'apercevoir quelque chose de concret. Il s'agissait de brillantes constructions, alliant avec perfection la technologie du XXII° siècle et la nature. Des néons se mélangeaient avec des lianes enroulées autour de pilier, et les voitures arboraient parfois la même couleur que les pétales de fleurs et les feuilles d'arbres. Mais la vérité me frappa aussitôt: ce n'était sûrement pas chez moi qu'une telle chose était possible, et il n'y avait selon moi qu'un seul endroit -ou, du moins, deux- où un tel spectacle pouvait se présenter devant mes yeux. Pourtant, avant même que je ne puisse dire quoique ce soit, mes paupières, soudainement alourdies, se refermèrent et je m'écroulai au sol avec une douleur froide au cou que, cette fois, je ne pus identifier.

« Bienvenue à la maison », lâcha Miranda.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Project S - Wattpad   

Revenir en haut Aller en bas
 
Project S - Wattpad
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Project Cerberus
» AC Brotherhood : Project Animus Update 2.0
» [Stop-Motion] Coup de coeur : Bionicle : Project T.O.A.
» Kronoskaf SYW Project
» Obscur Project nouveau site rémunérateur

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
SMG :: Chefs D'oeuvres :: Fictions-
Sauter vers: